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« Les connaissances de la recherche sur le cancer entrent désormais en jeu »

Depuis la mi-mars, l’OMS qualifie de «pandémie» le péril sanitaire lié au COVID-19. La crise qui sévit en ce moment préoccupe également Thomas Cerny, professeur émérite et président de la fondation Recherche suisse contre le cancer. Pour lui, un formidable espoir repose désormais sur la science. Dans l’interview qu’il nous a accordé, il explique le rôle de la recherche sur le cancer dans la lutte contre le coronavirus.

Le coronavirus tient la planète entière en haleine. Vous être oncologue et chercheur, qu’est ce qui vous préoccupe le plus à l’heure actuelle ?

Thomas Cerny : Ce qui me préoccupe le plus, c’est de trouver une solution pour juguler le taux élevé de mortalité chez les personnes vulnérables et âgées. Et je suis ravi de voir avec quelle rapidité la communauté scientifique s’est mobilisée. Nous possédons aujourd’hui des connaissances sur le virus. Nous savons par exemple comment il se multiplie et se propage dans l’organisme, et nous connaissons son implication dans les troubles respiratoires. Par ailleurs, de nouveaux traitements font actuellement l’objet de nombreuses études cliniques. Si nous parvenons à trouver des médicaments capables de combattre le coronavirus, il faudra accélérer la procédure d’autorisation afin de pouvoir prescrire un traitement aux patients le plus tôt possible.

Les personnes touchées par le cancer sont très inquiètes en ce moment car elles font partie des groupes à risque. Pourquoi sont-elles si vulnérables ?

De nombreux patients atteints de cancer suivent des traitements affaiblissant le système immunitaire. Ils sont donc sujets à ce type d’infections. Ces patients sont fortement exposés au risque à la fin de la thérapie, le temps que leurs valeurs sanguines reviennent à la normale. Il faut compter trois mois en moyenne. Mais chez certaines personnes, les valeurs sanguines ne reviennent plus jamais à un niveau normal. Elles restent donc davantage exposées à la menace, tout comme les personnes atteintes d’un cancer hématologique ou d’un cancer à un stade avancé. En tout état de cause, il faut se tourner vers son médecin traitant pour discuter des facteurs de risques individuels, qui doivent être examinés au cas par cas.

Le système immunitaire semble jouer un rôle important dans la maladie à COVID-19…

C’est exact. La capacité à vaincre la maladie sans complications graves dépend de la résistance du système immunitaire. Les connaissances dont nous disposons sur le système immunitaire sont donc capitales pour le stimuler et le faire intervenir dans la lutte contre le virus. De ce point de vue, la recherche sur le cancer a su apporter une contribution considérable. Elle a dans une très large mesure posé les fondements, si bien que nous savons tous aujourd’hui comment fonctionne le système immunitaire, comment utiliser nos anticorps et nos cellules immunitaires de manière ciblée pour combattre la maladie et comment ces anticorps et ces cellules immunitaires peuvent être produits en grandes quantités et à un niveau de qualité élevé. Ces connaissances de la recherche sur le cancer entrent désormais en jeu. En plus, des vaccins qui préviennent le cancer viennent également d’être mis au point, notamment contre le cancer du foie (vaccination contre l’hépatite B) et le cancer du col de l’utérus (vaccination contre les PVH). Nous sommes confiants dans l’avenir, un vaccin contre le virus SARS-CoV2 devrait voir le jour.

En oncologie personnalisée, les anticorps sont utilisés de manière ciblée pour inhiber la croissance de la tumeur. Pourquoi les anticorps représentent-ils également un moyen prometteur pour lutter contre le COVID-19 ?

Parmi les complications les plus redoutées imputables aux maladies à COVID-19, on peut citer les réactions inflammatoires soudaines, qui touchent principalement les poumons et le myocarde. Certains anticorps spécifiques sont capables de faire cesser cette réaction inflammatoire en se liant aux récepteurs de l’interleukine 6 (IL6), un messager immunitaire pro-inflammatoire. Ces anticorps sont également utilisés en oncologie lorsqu’une thérapie entraîne des réactions inflammatoires violentes, voire potentiellement mortelles.

Quels sont vos souhaits pour l'avenir ?

Il y aura toujours des pandémies. Mon souhait serait que nous tirions les leçons de ce qui est en train de se passer afin d’être mieux préparés à l’avenir pour faire face à ce genre de pandémie. Je pense qu’il est également important de reprendre les recherches pour mettre au point plus de vaccins, puisque ce sont eux qui permettent de lutter efficacement contre les maladies. Malheureusement, ils ne sont pas assez rentables aux yeux des entreprises, et c’est la raison pour laquelle ils ne font l’objet que de rares recherches et développements. Il en va de même pour la recherche sur les antibiotiques et pour la fabrication de médicaments et autres traitements médicaux urgents. Pour contrer la situation, nous devrons à l’avenir trouver des solutions capables de conjurer la crise au niveau national et international.