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Rétrospective et perspectives de la fondation Recherche suisse contre le cancer

Nouvelles approches de recherche et de traitement, nouvelles procédures d’autorisation et, pour couronner le tout, une pandémie : l’année écoulée a apporté son lot d’épreuves aux personnes atteintes d’un cancer, aux médecins et aux scientifiques. La fondation Recherche suisse contre le cancer, principale organisation de promotion de la recherche sur le cancer, n’a pas été épargnée non plus par les répercussions de la pandémie. Son directeur, Dr Rolf Marti, revient sur l’année écoulée et aborde celle à venir.

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Dr. rer. nat. Rolf Marti

Dr Marti, en tant que directeur de la Recherche suisse contre le cancer, vous vous occupez notamment de la sélection des projets de recherche. Y a-t-il eu l’année dernière une priorité particulière ? La fondation Recherche suisse contre le cancer (RSC) ne définit pas de lignes directrices quant au domaine ou à la nature des travaux de recherche. Elle soutient simplement les projets qualitativement les plus prometteurs. C’est la raison pour laquelle nous investissons autant dans le processus d’évaluation des demandes, qui répond à des critères internationaux extrêmement élevés. L’histoire a montré que ce sont les chercheurs eux-mêmes qui ont les idées les plus novatrices. Dans le domaine des sciences de la vie en particulier, autrement dit, dans la recherche fondamentale, la Suisse jouit d’une réputation d’excellence. Ce domaine de la recherche s’intéresse par exemple aux questions liées à la genèse du cancer. 

Quel a été, à vos yeux, l’événement le plus marquant dans la recherche oncologique l’année dernière ?
Fin 2020, nous avons initié la plateforme « Immunothérapie cellulaire » et nous avons continué, en ce début d’année 2021, à développer le réseau ainsi mis sur pied. L’immunothérapie cellulaire constitue une nouvelle forme de thérapie extrêmement efficace qui, lorsque les patients y répondent, permet d’obtenir des résultats remarquables. Elle consiste à prélever les propres cellules immunitaires du patient puis, dans le cadre d’une procédure complexe, à stimuler leur action contre les cellules cancéreuses avant de les réinjecter au patient. La plateforme que nous avons créée vise à renforcer la collaboration en matière de recherche académique à l’échelle nationale et à financer de premières études cliniques.

Avec la mise au point de thérapies de plus en plus innovantes et sélectives, l’importance de l’essai clinique traditionnel est également appelé à évoluer. Dans quelle direction, selon vous ?
Le résultat des études biologiques est de plus en plus souvent pris en compte dans le développement de traitements. On analyse ainsi certaines mutations de la tumeur ou de son environnement, susceptibles par exemple de favoriser la croissance tumorale. Les médicaments correspondants – souvent combinés à un anticorps spécifique – ne sont administrés qu’aux patients qui présentent eux aussi cette mutation. On s’efforce donc, concrètement, d’établir des diagnostics de plus en plus précis afin de mettre en œuvre des traitements plus spécifiques, pour ainsi dire « personnalisés ». Les études cliniques demeurent néanmoins nécessaires pour évaluer la toxicologie et l’efficacité du dosage.

Qu’est-ce que cela implique pour la place scientifique suisse ?
La recherche pratiquée dans les hautes écoles suisses dans le domaine des sciences de la vie compte parmi les meilleures au monde. Le pays bénéficie en effet d’une solide politique d’encouragement de la recherche financée par les deniers publics comme le Fonds national suisse (FNS), mais aussi par des organisations fonctionnant grâce aux dons comme la fondation RSC. La Suisse investit dans la place scientifique suisse et offre une grande sécurité juridique, autant de conditions propices à l’implantation de start-ups et à attirer du personnel hautement qualifié de l’industrie pharmaceutique. On observe une tendance au renforcement de la recherche translationnelle, à savoir la recherche fondamentale axée sur les applications. Il est et a toujours été plus difficile de réaliser des essais cliniques en Suisse, car le bassin d’activité est réduit, l’installation coûteuse et la procédure d’autorisation lourde.

Comment la pandémie a-t-elle affecté la recherche ? A-t-elle par exemple compliqué la collaboration internationale ?
La fondation RSC ne finance que le volet suisse des études et projets de recherche internationaux. Nous savons que certains projets ont pris du retard à cause de la pandémie de Covid-19, en partie parce qu’il y a eu des cas de contamination au sein des laboratoires et que les chercheurs ont dû être mis en quarantaine, ou n’ont pas pu travailler pendant le confinement. Certains se sont cependant aussi félicités d’avoir enfin eu le temps de rédiger leurs publications.

A-t-on enregistré en 2020 une hausse ou une baisse des dons par rapport aux années précédentes ?
Les dons en faveur de la recherche n’ont fort heureusement pas diminué en 2020. Je pense que la pandémie a sensibilisé nombre de donatrices et donateurs à l’importance de la recherche, notamment pour les patients atteints d’un cancer, qui font partie des personnes à risque en raison de l’affaiblissement du système immunitaire. N’oublions pas que la recherche permet d’« acquérir de nouvelles connaissances » pour agir sur la base de faits.

La fondation Recherche suisse contre le cancer soutient des projets dans les domaines de la recherche fondamentale, clinique, psychosociale et épidémiologique, ainsi que la recherche sur les services de santé. Dans quel champ les efforts se concentrent-ils actuellement ? Cette priorité est-elle amenée à évoluer dans un avenir proche ?
La fondation RSC a lancé il y a cinq ans un programme visant à encourager la recherche sur les services de santé. Ce domaine de la recherche s’intéresse au résultat, c’est-à-dire au « vécu réel des patients en matière de santé ». Il s’agit d’une approche de recherche largement interdisciplinaire qui, outre les données cliniques, intègre souvent des perspectives économiques ou sociologiques de la santé ainsi que des aspects du système de santé. Cette nouvelle branche de la recherche est encore peu représentée en Suisse. Avec ce programme, nous entendons encourager les chercheurs à soumettre des projets de qualité, mais aussi promouvoir la formation d’une « communauté ». Nous voulons faire prendre conscience de la nécessité d’effectuer des travaux de recherche dans ce domaine. Notre but est également de montrer que les bons chercheurs de différentes disciplines doivent unir leurs forces pour parvenir à des résultats tout aussi bons.

Pouvez-vous nous donner un petit aperçu des tendances pour l’année à venir ? Quels seront, selon vous, les principaux défis à relever pour la fondation Recherche suisse contre le cancer ?
Notre fondation est exclusivement tributaire des dons et, par conséquent, vulnérable. Il ne faut pas se voiler la face : le coronavirus continuera à sévir l’année prochaine. Il serait donc naïf de notre part de ne pas nous inquiéter d’un soudain recul des dons. Ce constat illustre la nécessité pour le Fundraising de développer de nouvelles approches. A ce jour encore, un quart environ des projets de recherche considérés comme très prometteurs par la Commission scientifique ne peuvent pas être financés. Il nous paraît important à l’avenir de maintenir, et peut-être même d’améliorer encore les critères qualitatifs déjà exigeants qui s’appliquent au processus d’évaluation des demandes. Le nombre de candidatures ne cesse en effet d’augmenter, et le système commence à atteindre ses limites.

Paru dans la revue «Kompendium ONKOLOGIE & HÄMATOLOGIE 2021»