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Renforcer l’efficacité des lymphocytes T

Les tumeurs solides ont un impact sur les tissus avoisinants : à cause d’elles, les lymphocytes T chargés de la lutte contre les cellules tumorales vieillissent précocement et perdent de leur efficacité immunitaire. Un projet soutenu par la fondation Recherche suisse contre le cancer montre un moyen de faire rajeunir les lymphocytes T pour renforcer les défenses immunitaires.

Dans la lutte contre les leucémies, les immunothérapies à base de lymphocytes T ont parfois des résultats spectaculaires. Mais jusqu’à présent, ces thérapies n’agissent pas contre les tumeurs solides. Cela est dû entre autres au fait que les tumeurs ont un impact sur les tissus avoisinants, ce que l’on appelle l’environnement tumoral ou niche. C’est ce qu’indiquent les résultats d’un projet soutenu par la fondation Recherche suisse contre le cancer. « Nous avons montré que des molécules responsables de la sénescence des lymphocytes T se concentrent dans l’environnement tumoral, et qu’elles affaiblissent ainsi spécifiquement les cellules immunitaires qui devraient lutter contre les cellules tumorales », explique Fabio Grassi, directeur d’un groupe de scientifiques à l’Institut de recherche biomédicale de Bellinzona.

Fabio Grassi et son équipe ont décrypté les processus moléculaires de ce vieillissement précoce. Une protéine au nom digne de Star Wars, P2X7, joue un rôle de premier plan : elle se trouve à la surface des lymphocytes T et guette une molécule appelée ATP. L'ATP est connu comme une source d'énergie pour les processus biochimiques dans les cellules. « Mais l’ATP joue aussi un rôle important de signalisation des dangers en dehors de la cellule : il est présent en cas de lésion ou d’inflammation des tissus et se trouve aussi en forte concentration dans l’environnement tumoral », explique Fabio Grassi. Pendant la première phase de la réaction immunitaire (pendant laquelle l’immunité innée pilote les processus), les cellules immunitaires ont besoin de P2X7 pour repérer où il y a de l’ATP et donc où se trouve la lésion ou la tumeur. Mais plus tard, lorsque la réponse immunitaire spécifique (ou adaptative) prend les commandes, P2X7 est responsable de l’accumulation de lésions génétiques dans les lymphocytes T, qui accélèrent leur sénescence et leur font perdre leur énergie dans la lutte contre les cellules tumorales.

Dans des expériences sur la souris, les chercheurs ont désactivé le gène P2X7 dans les lymphocytes T. La croissance des tumeurs a alors ralenti, les souris ont survécu plus longtemps. Il faut encore démontrer si ces découvertes s’appliquent aussi à l’être humain. Mais si l’on parvient, par exemple à l’aide d’inhibiteurs du P2X7, à envoyer aux lymphocytes T un signal de jeunesse qui préserve leurs capacités de défense contre les cellules tumorales, les immunothérapies à base de lymphocytes T pourraient peut-être agir contre les tumeurs solides avec le même succès que contre les leucémies et les lymphomes.

Numéro de projet : KFS-4110-02-2017