Traitement anti-hormonal dans le cancer du sein post-ménopausique

Cancer du seinPodcast: Wissen gegen Krebs
27. mai 2026

La majorité des personnes atteintes d’un cancer du sein ont plus de 50 ans au moment du diagnostic.

Podcast en allemand

Rebekka Haefeli: En Suisse, environ 6500 femmes sont confrontées chaque année au diagnostic de cancer du sein. Le risque augmente avec l’âge, et la majorité des femmes ont plus de 50 ans lorsque le cancer est découvert. Cela signifie aussi que beaucoup de patientes sont en ménopause, ou au-delà. Post-ménopausées, comme on dit aussi. Nombre d’entre elles connaissent donc les symptômes typiques de la ménopause. 

Petra Stute: Les bouffées de chaleur, la transpiration sont les symptômes les plus connus. Mais il en existe beaucoup d’autres : les troubles du sommeil, les sautes d’humeur, ou encore certains symptômes cognitifs appelés depuis quelques années brain fog. Par exemple la difficulté à se souvenir de mots ou de noms ; ou encore entrer dans une pièce et ne plus savoir ce qu’on est venu y faire. 

Rebekka Haefeli: Voici Petra Stute. Elle est experte de la ménopause. Elle énumère toute une série d’autres symptômes. Et ce ne sont que quelques exemples. 

Petra Stute: Il y a aussi les changements dans la région génitale, par exemple la sécheresse vaginale, une vessie irritable ou des douleurs lors des rapports sexuels. Certaines femmes ont aussi des douleurs articulaires et musculaires. 

Rebekka Haefeli: Petra Stute, médecin à l’Hôpital de l’Île à Berne, mène des recherches avec le soutien de la Recherche suisse contre le cancer. L’un de ses projets de recherche traite du cancer du sein chez la femme ménopausée, c’est-à-dire après les dernières règles. Petra Stute met tout en œuvre pour que les femmes dans cette situation aient la meilleure qualité de vie possible et un traitement médical sûr. Afin qu’elles n’interrompent pas les traitements contre le cancer à cause d’effets secondaires trop pénibles. Cela augmenterait le risque de récidive. C’est Wissen gegen Krebs, le podcast de Recherche suisse contre le cancer. Je suis Rebekka Haefeli. 

Rebekka Haefeli: Certaines tumeurs du sein sont dites hormono-dépendantes. On parle aussi de cancer du sein à récepteurs hormonaux positifs. Cela signifie que les hormones féminines stimulent la croissance des cellules cancéreuses. C’était le cas de Mme S. Elle a aujourd’hui 61 ans. En janvier 2025, elle reçoit le diagnostic de cancer du sein. 

Mme S.: Lors d’un examen de routine, ma gynécologue détecte quelque chose. Cela se voyait à l’échographie. J’ai vu qu’il y avait quelque chose là, quelque chose qui n’avait rien à faire. Mais je ne ressentais rien. Je ne l’avais pas senti avant non plus. À ce moment-là, je me sentais en forme et en bonne santé. Je n’aurais jamais imaginé que quelque chose n’allait pas. J’étais sous le choc. Dans la force de l’âge, en bonne santé, on a soudain le sentiment que quelque chose ne va pas. 

Rebekka Haefeli: L’histoire de Mme S. est représentative de nombreuses femmes confrontées à ce diagnostic après la ménopause. Revenons brièvement en arrière. Avant que son cancer du sein ne soit découvert, Mme S. suivait une hormonothérapie. Elle utilisait des patchs d’œstrogènes contre les symptômes de la ménopause. Beaucoup de femmes recourent à ces patchs. L’œstrogénothérapie est une alternative aux patchs, sous forme de gel par exemple. Cette hormonothérapie convenait bien à Mme S.. Ses symptômes de ménopause étaient stables. Mais elle stoppe immédiatement après le diagnostic. 

Mme S.: Pour moi, c’était de toute façon ce qu’il y avait de plus marquant, à part le diagnostic, le fait de devoir arrêter mes patchs hormonaux immédiatement, du jour au lendemain. Depuis, je suis très incommodée par les symptômes de la ménopause. 

Rebekka Haefeli: Mais l’œstrogène pourrait raviver le cancer hormono-dépendant. C’est pourquoi on recommande aux femmes atteintes d’un cancer du sein hormonodépendant d’arrêter immédiatement l’hormonothérapie, voire de suivre une anti-hormonothérapie. Celle-ci inhibe complètement la production d’œstrogènes dans le corps. Même quand les ovaires ont cessé de produire de l’œstrogène, cette substance reste présente. 

Petra Stute: Car il n’y a pas que les ovaires qui produisent de l’œstrogène. Les tissus adipeux aussi produisent de l’œstrogène en petites quantités. 

Rebekka Haefeli: Il y a donc toujours de petites quantités d’œstrogènes. C’est ce qu’explique Petra Stute de la clinique de gynécologie de l’Hôpital de l’ìle à Berne. Elle y est médecin-cheffe adjointe et médecin responsable de l’unité d’endocrinologie gynécologique et de médecine de la reproduction. 

Petra Stute: Chez les femmes atteintes d’un cancer du sein à récepteurs hormonaux positifs, l’objectif est d’éliminer toute source d’œstrogènes. Cela ne suffit pas que les ovaires produisent plus d’œstrogènes. On veut aussi abaisser la production d’œstrogènes dans les tissus adipeux. C’est pourquoi chez les patientes en ménopause ou post-ménopause, on abaisse au maximum le taux d’œstrogènes par une anti-œstrogénothérapie. 

Rebekka Haefeli: Concrètement, Mme S. nous explique ce que cela signifie. Je me trouve à son domicile et lui demande de me parler de l’anti-hormonothérapie. Elle va chercher une boîte de comprimés et une notice détaillée. Elle me prévient que je ne dois surtout pas lire les effets secondaires à haute voix. Elle ne veut pas les connaître. Mais je peux emporter la notice. C’est ce que je fais. Après la visite, je vois qu’il s’agit d’un inhibiteur de l’aromatase. Sur la notice, on peut lire : bon nombre d’effets secondaires sont causés par l’inhibition de la production hormonale dans le corps. D’où cette longue liste d’effets secondaires qui recoupent en large partie les symptômes de la ménopause. 

Rebekka Haefeli: Après la première échographie, lorsque la tumeur a été détectée, Mme S. ne savait pas ce qui l’attendait. 

Mme S.: Puis tout est allé très vite. Je suis très reconnaissante que tout soit allé si vite. J’ai pu aller à l’hôpital faire une mammographie. Ils n’ont d’abord rien trouvé. Ce n’est qu’en regardant de plus près, parce qu’ils avaient le résultat de la gynécologue, qu’ils ont détecté quelque chose d’anormal. Le lendemain, j’ai fait une biopsie et deux semaines après j’avais le résultat. Il s’agissait d’un cancer du sein hormonal. Cela ne me disait rien. Je ne savais pas qu’il existait différents types de cancer du sein. 

Rebekka Haefeli: Chez Mme S., le cancer du sein est découvert au stade débutant, heureusement. Elle arrête les patchs hormonaux aux œstrogènes du jour au lendemain. Ensuite, elle est opérée. Puis on lui recommande une radiothérapie. On ne trouve aucune métastase. Elle aurait alors pu souffler, hormis les désagréables symptômes de la ménopause qui sont revenus à cause de l’anti-hormonothérapie. Savoir d’où vient exactement l’un ou l’autre n’est pas important pour elle. La qualité de vie baisse. 

Mme S.: Les bouffées de chaleur, c’est surtout ça. L’autre chose que je trouve très pénible, par phases, c’est la sécheresse vaginale. Et puis... J’ai beaucoup d’infections. Des mycoses à répétition, et ça démange tout le temps. Je trouve cela très désagréable. C’est ce qui m’a le plus pesé. J’avais de la peine à gérer cela. J’ai eu de nombreux traitements jusqu’à ce que je reçoive une crème vaginale aux œstrogènes. Et depuis, ça va mieux. 

Rebekka Haefeli: Petra Stute précise, à propos des œstrogènes utilisés par voie vaginale, que leur utilité est démontrée. 

Petra Stute: Cela signifie que dans la plupart des pays, il est aussi possible d’utiliser des œstrogènes vaginaux à faible dose, par exemple en cas de sécheresse vaginale. Parce qu’ils agissent localement et ne constituent donc pas une hormonothérapie générale, comme l’hormonothérapie classique. 

Rebekka Haefeli: Au début, Mme S. ressentait aussi d’autres symptômes mentionnés sur la notice des comprimés antihormonaux. Elle avait parfois des nausées et des vertiges. Elle avait des palpitations, se sentait un matin une « vieillarde » et tout lui faisait mal. Tout cela a heureusement disparu pour le moment. Elle vit au jour le jour, car l’anti-hormonothérapie a des effets secondaires et il y a d’autres risques latents.  

Mme S.: Un médecin contrôle ma densité osseuse une fois par an. Maintenant, après un an. C’est dur d’admettre que cela touche les os et augmente le risque d’ostéoporose. Quel sera mon bilan osseux dans un an ? Cela dépendra. Là aussi, j’ai de la chance d’avoir une densité osseuse supérieure à la moyenne pour mon âge. C’est déjà une bonne base. Je ne pars pas dans le négatif. Mais si cela baisse maintenant, je ne sais pas ce que je ferai. L’ostéoporose, il faudra alors la traiter aussi. Et là aussi...Oui, où cela mène-t-il ? 

Rebekka Haefeli: La médecin Petra Stute et son équipe à l’Hôpital de l’Île à Berne voient en consultation beaucoup de femmes qui vivent la même chose que Mme S. Je l’ai évoqué brièvement au début. De nombreuses personnes touchées par un cancer du sein sont dans cette situation. Elles souffrent de symptômes si importants qu’elles interrompent l’anti-hormonothérapie. Selon certaines études, cette proportion se monterait à 40 %. C’est précisément ce que l’on veut éviter, car on sait que le traitement peut aider à réduire le risque de récidive de cancer du sein. Dans l’étude qu’elle mène actuellement, Petra Stute veut découvrir quels facteurs poussent les femmes à arrêter le traitement. 

Petra Stute: Dans cette étude, à laquelle participent plusieurs centres du sein en Suisse, nous suivons des femmes sur une longue période, répertorions leurs symptômes et prélevons des échantillons de laboratoire, donc des échantillons de sang pour mesurer le taux d’œstrogènes, voir s’il est bas. Et nous regardons aussi si les patientes prennent ou non leurs médicaments. 

Rebekka Haefeli: Il est prévu d’inclure 100 patientes dans l’étude. 

Petra Stute: L’objectif global est d’identifier les profils de femmes qui auront tendance à interrompre la thérapie antiœstrogène. Si l’on pouvait identifier ces femmes assez tôt, on serait alors en mesure de prendre des mesures préventives, afin que ces femmes puissent poursuivre leur traitement oncologique sans développer de symptômes susceptibles de conduire à une interruption. 

Rebekka Haefeli: L’objectif est donc d’identifier au plus tôt les patientes susceptibles d’interrompre le traitement et de les soutenir de manière que les symptômes restent supportables malgré l’anti-hormonothérapie. On pourrait par exemple proposer un suivi plus rapproché, un accompagnement psychologique, ou aussi des offres de médicaments individuelles et ciblées qui réduisent les bouffées de chaleur. Car ces médicaments existent, relève la médecin Petra Stute. 

Petra Stute: Il existe par exemple, pour les bouffées de chaleur, différentes approches médicamenteuses non hormonales. Depuis 2024, nous avons un médicament sur le marché qui combat spécifiquement les bouffées de chaleur là où elles apparaissent, à savoir dans le cerveau. Cette année ou l’année prochaine, un autre médicament de cette classe de substances va sortir. Ainsi, pour les bouffées de chaleur et aussi les troubles du sommeil, nous pouvons proposer des solutions. Il existe aussi, dans le domaine des plantes, si quelqu’un le souhaite, de bonnes options, sans les effets semblables aux œstrogènes. On peut utiliser l’acupuncture, on peut recourir à l’hypnose. 

Rebekka Haefeli: Et il y aurait encore une thérapie prometteuse dans certains cas : le bloc du ganglion stellaire. 

Petra Stute: Dans la région du cou, nous avons un faisceau de nerfs faisant partie du système nerveux autonome. Les anesthésistes peuvent, sous échographie, y injecter localement un anesthésique. Et les bouffées de chaleur diminuent alors d’environ 50 à 60 %. L’effet dure environ six à huit semaines.C’est une bonne thérapie non médicamenteuse, mais il faut bien sûr s’y habituer, parce que les anesthésistes la pratiquent dans le cadre opératoire classique. Et si on ne le sait pas, cela peut dissuader. Mais en fait, cela ne fait pas plus mal qu’une prise de sang. Donc ce n’est pas vraiment grave. 

Rebekka Haefeli: Mme S. dit qu’elle a appris à vivre avec les bouffées de chaleur. Et même si elle ne dort pas bien, elle arrive pour le moment à le supporter. Elle a déjà pensé à arrêter l’anti-hormonothérapie. Mais jusqu’à présent, ce n’est pas allé plus loin.  

Mme S.: Arrêter les médicaments, j’y pense sporadiquement, c’est vrai. Mais pour le moment... La perspective d’une récidive et d’une nouvelle opération, de refaire tout le parcours médical et peut-être ne pas avoir autant de chance…je ne sais pas, c’est un stress beaucoup plus grand que de prendre les médicaments. 

Elles sont donc en ménopause ou en post-ménopause. Les symptômes de la ménopause nécessitent souvent une hormonothérapie. Or en cas de cancer du sein hormonodépendant, on recourt à une anti-hormonothérapie ; cela réduit encore le taux d’œstrogènes et peut déclencher ou aggraver les symptômes de la ménopause. Dans cet épisode du Savoir contre le cancer, nous traitons de l’impact de ces symptômes sur la qualité de vie. 

 

L’histoire de Mme S. 

En janvier 2025, Mme S., 61 ans, apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. C’est un choc, surtout qu’elle se sentait en bonne santé et n’avait rien remarqué. Son cancer est hormonodépendant. 

Avant le diagnostic, Mme S. suivait une hormonothérapie à base de patchs d’œstrogènes pour soulager les symptômes de la ménopause. Elle doit immédiatement y mettre et suit désormais une anti-hormonothérapie afin de réduire le risque de récidive. Les symptômes de la ménopause resurgissent : bouffées de chaleur, troubles du sommeil, sécheresse vaginale, infections et inquiétudes concernant la densité osseuse. Malgré cela, Mme S. poursuit le traitement, car la crainte d’une récidive cancéreuse est la plus forte.  

 

Recherche sur les effets secondaires et l’arrêt des traitements 

Le projet de Petra Stute à l’Hôpital de l’Île à Berne, soutenu par la Recherche suisse contre le cancer, tente précisément d’y remédier. Nombreuses sont les femmes qui finissent par interrompre l’anti-hormonothérapie tellement elles souffrent des effets indésirables de la ménopause, quitte à encourir un risque accru de récidive de cancer du sein. 

L’étude suit un panel de patientes sur une longue période et analyse les symptômes, les valeurs sanguines et la médication. L’objectif est d’identifier au plus tôt les femmes risquant d’interrompre leur traitement. Cela permettrait de leur proposer un accompagnement ciblé – par exemple un suivi étroit, un soutien psychologique ou des traitements non hormonaux afin d’apaiser certains symptômes, telles les bouffées de chaleur.