CUP : traiter plus efficacement le cancer primitif inconnu

Tumeur d’origine indétectable

Lors d’un diagnostic de cancer, on sait en général dans quel organe s’est formé la maladie. Mais dans le cas du cancer primitif inconnu ( CPI ou CUP – Cancer of Unknown Primary ), les médecins n’arrivent pas à localiser l’endroit où le cancer a pris naissance. Seules les métastases sont visibles. 

Le CUP représente environ 3 % des cancers. Son pronostic est pessimiste. 80 à 85 % des patients décèdent souvent dans l’année suivant le diagnostic. L’origine étant inconnue, on administre généralement au patient une chimiothérapie standard ; mais cette dernière est d’une efficacité limitée car non ciblée sur les caractéristiques individuelles de la tumeur. De plus, de nombreux CUP résistent aux traitements. 

Analyses moléculaires concluantes

[Translate to French:] Prof. Chantal Pauli

Il convient donc de mieux comprendre la tumeur. C’est à quoi s’emploient la professeure Chantal Pauli et son équipe de l'Hôpital universitaire de Zurich. Par l’analyse de données génomiques de patients atteints de CUP, elles ont constaté qu’il ne s’agissait pas d’une maladie homogène mais que les différents sous-groupes avaient des caractéristiques génétiques qui s'apparentaient à celles de tumeurs connues. 

Par conséquent, même si l'origine ne peut être déterminée cliniquement, le profil génétique fournit des indications importantes sur le comportement de la tumeur et les traitements à envisager. 

La professeure Pauli est pathologiste et spécialiste du diagnostic du syndrome CUP ; Ses travaux ont contribué aux recommandations diagnostiques actualisées (ESMO Clinical Practice Guideline, 2023, Oncopedia Guidelines). 

 

Organoïdes tumoraux : tester les médicaments sur des modèles 

Les données génétiques seules ne permettent toutefois pas de répondre à la question cruciale : quel médicament est réellement efficace ?  

À cette fin, le groupe de recherche a mis au point des « organoïdes tumoraux ». Ces modèles cellulaires tridimensionnels provenant de patients atteints du syndrome CUP sont cultivés en laboratoire à partir de tissus tumoraux – ils correspondent à de multiples petites copies. Ils reproduisent les caractéristiques principales de la tumeur d'origine et permettent de tester différents médicaments. 

Après avoir été caractérisés avec précision au niveau génomique, transcriptionnel et protéique, les organoïdes tumoraux CUP ont été comparés à des organoïdes tumoraux d’origine connue. On a ainsi remarqué que certaines tumeurs CUP présentaient des similitudes avec des cancers connus, notamment dans la réponse aux médicaments. Les scientifiques ont découvert que les tumeurs CUP présentaient une grande hétérogénéité et qu'un traitement individualisé serait donc indispensable. De tels résultats aident à mieux cerner la maladie – non seulement sur la base d'analyses moléculaires –, mais aussi en fonction de la réponse réelle aux médicaments. Le CUP n’est donc pas un diagnostic uniforme, mais un groupe de tumeurs. 

De plus, la professeure Pauli et son équipe ont mis en lumière chez certaines tumeurs CUP des signes de faiblesse dans la réparation de l’ADN. Lorsqu’un mécanisme de réparation important ne fonctionne pas correctement, certains médicaments ciblés seraient très efficaces. De telles approches – déjà utilisées pour d’autres types de cancer – s’avéreraient donc adéquates pour certains patients atteints de CUP. 

 

Impact sur le patient 

Ce projet apporte une meilleure compréhension du CUP et une meilleure classification. Au lieu du traitement standard, il met l’accent sur la biologie individuelle de la tumeur.  

Dans un premier temps, le groupe de recherche testera d'autres associations médicamenteuses et approfondira ses analyses. À long terme, il devrait en découler un choix de traitements plus ciblés et mieux adaptés au patient. Ces résultats représentent une première étape importante en vue de futures stratégies thérapeutiques – bien que d'autres études soient nécessaires. 

     

Numéro de projet : KFS-5270-02-2021  

   

Le projet est soutenu par la Recherche suisse contre le cancer, en partenariat avec des fondations de soutien, parmi lesquelles Candriam, la fondation Isaac Dreyfus-Bernheim et la fondation Marie & René.