Quand le cancer de l’ovaire reprogramme l’abdomen

Cancer de l’ovaire
Francis Jacob
PD Dr. Francis Jacob
5. mai 2026

Le cancer de l’ovaire forme souvent des tumeurs secondaires, surtout dans un tissu spécifique de l’abdomen, appelé épiploon. Des chercheurs de l’Université de Bâle et de l’Hôpital universitaire de Bâle ont étudié ce qui se passe lorsque le cancer « s’empare » de cet organe. Les résultats devraient permettre des thérapies plus efficaces.

Le cancer de l’ovaire reste souvent longtemps non diagnostiqué. Chez sept personnes concernées sur dix, la tumeur a déjà formé des tumeurs secondaires dans l’abdomen au moment du diagnostic. Ces métastases se forment particulièrement souvent dans un tissu appelé épiploon ou ’tablier péritonéal’. Situé devant l’intestin, cet organe remplit des fonctions de protection et d’immunité et abrite des cellules graisseuses. 

« En cas de cancer de l’ovaire avancé, la question se pose de savoir s'il faut enlever chirurgicalement l’épiploon complet à titre prophylactique, en plus des tumeurs et des métastases visibles, afin de réduire le risque de réapparition des tumeurs », explique Francis Jacob du Département de biomédecine de l’Université de Bâle et de l’Hôpital universitaire de Bâle. 

 

Atlas cellulaire de l’état sain et de l’état malade 

Pour répondre à cette question, l'équipe dirigée par Jacob et la professeure Viola Heinzelmann-Schwarz a analysé 36 échantillons de tissus provenant de 15 patients ayant été prélevés à différents endroits de l’épiploon. D’une part, les échantillons provenaient de patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire qui présentaient déjà des tumeurs secondaires dans cet organe. D’autre part, des patientes atteintes d’autres types de cancer sans implication de cet organe, dont l’épiploon pouvait donc être considéré comme exempt de cancer. Les chercheurs ont analysé précisément quelles cellules étaient présentes dans les échantillons et ont créé un atlas cellulaire de l'épiploon à l'état malade et à l'état sain. 

Les résultats ont montré que l'épiploon sain présente une composition cellulaire équilibrée, c’est-à-dire que les mêmes cellules sont présentes en quantité à peu près égale à tous les endroits examinés. Il s’agit principalement de cellules de surface, de cellules souches du tissu conjonctif et de cellules à mémoire immunitaire. 

 

Remaniement de l’ensemble de l’organe 

Chez les patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire, il s’est toutefois avéré que le cancer transformait l’épiploon en un milieu qui favorisait la propagation de la tumeur : les échantillons de tissus contenaient davantage de cellules immunitaires, notamment des types de cellules qui atténuent l’attaque du système immunitaire contre les cellules tumorales, aidant ainsi le cancer à se propager. 

On y trouvait également moins de cellules de surface et de cellules souches. Ces dernières pourraient se transformer en d’autres types de cellules qui créent également un environnement favorable aux métastases. 

« Une découverte centrale est que même les tissus éloignés de la tumeur changent de composition et contiennent déjà quelques cellules tumorales. Lorsque les cellules cancéreuses migrent vers l’épiploon, elles s’emparent de tout l’organe », explique Francis Jacob. La structure tissulaire normale et la capacité de régénération de l’épiploon sont alors perdues. 

Sur la base de ces connaissances, il pourrait être plus avantageux d’enlever une plus grande partie de l’épiploon lors de l’opération d’ablation des tumeurs plutôt que de ne retirer que la partie visiblement malade. Cela permettrait peut-être de réduire les récidives. Il faudra toutefois vérifier dans le cadre d’une étude clinique de suivi si cette procédure conduit effectivement à un meilleur pronostic et quelles en sont les conséquences sur la qualité de vie, souligne Jacob.
    

Numéro de projet: KFS-5389-08-2021