Cancer du pancréas – nouvelles approches chirurgicales

Cancer du pancréasPodcast: Wissen gegen Krebs
Anna Wenning, médecin-chef au service de chirurgie viscérale de l'hôpital universitaire Inselspital de Berne, avec son patient Tony K.
25. mars 2026

L’opération visant à retirer un cancer du pancréas est complexe, dure plusieurs heures et comporte des risques. Dans cet épisode de «Wissen gegen Krebs», vous découvrirez l’importance des décisions chirurgicales, ainsi que les progrès les plus récents de la recherche et de la médecine.

Podcast en allemand

Rebekka Haefeli: Toni K. dit qu’il est chanceux. Il a été sauvé de justesse, par une opération d’urgence. 

Toni K.: J’avais 1’000 anges gardiens, 2’000, 3’000, je dis toujours. L’équipe –une heure après le déclenchement de l’alerte – est de retour à l’Hôpital de l’Île, ouvre l’abdomen et évacue tout. 

Rebekka Haefeli: Les médecins ont retiré le pancréas de Toni K. Après une première opération d’un cancer, il a de graves complications. Cet épisode de la série Wissen gegen Krebs est consacré à la chirurgie du cancer du pancréas, le podcast de la Recherche suisse contre le cancer. Je m’appelle Rebekka Haefeli et je rencontre Toni K. à l’Hôpital de l’Île à Berne avec la spécialiste du pancréas Anna Wenning. Anna Wenning est médecin cheffe à la Clinique universitaire de chirurgie viscérale. Lors de notre rencontre, elle visionne les images du scanner de Toni K. 

Anna Wenning:  Le pancréas se trouvait ici. Nous avons placé un drain. On voit un drain qui sort de la paroi abdominale. 

Rebekka Haefeli: Quelques années se sont écoulées depuis le diagnostic, en 2021. Toni K., âgé de 73 ans, se souvient très bien comment tout a commencé. Un collègue a remarqué que quelque chose n’allait pas. 

Toni K.:  Il m’a dit que je n’avais pas bonne mine. Je me sentais un peu fatigué. Je suis rentré chez moi mais mon état ne s’améliorait pas. J’ai appelé mon médecin de famille. Je lui ai expliqué comment je me sentais. Il m’a dit de venir immédiatement. À mon arrivée, il m’a dit que j’avais le teint jaune. C’est un signal d’alarme. Direction les urgences, sans attendre. Là, on m’a branché aux appareils médicaux pour comprendre ce qui se passait. Le foie était bloqué. 

Rebekka Haefeli: Le cancer du pancréas n’a pas été détecté immédiatement. Mais comme son état ne s’améliorait pas, on fait des examens plus approfondis. 

Toni K.: J’ai pu me rendre immédiatement à l’Hôpital de l’Île. Un professeur était encore présent le samedi soir. Il a vu que j’avais une tumeur au pancréas. 

Rebekka Haefeli: Dans son malheur, Toni K. a de la chance. Pas de métastases. La tumeur est à la tête du pancréas. Le pancréas est un organe de 15 à 20 cm de long, divisé en tête, corps et queue. Il joue un rôle essentiel dans la digestion et la régulation du sucre dans le sang. Le cancer du pancréas est souvent diagnostiqué tardivement. C’est dû au fait que les symptômes apparaissent tardivement, explique la Dre Anna Wenning. 

Anna Wenning: Malheureusement, chez la majorité des personnes le cancer du pancréas est diagnostiqué trop tard. Environ 75 à 80 % des patients ont une tumeur déjà relativement avancée dans le pancréas, ou alors des métastases sont déjà présentes, par exemple au foie.  

Rebekka Haefeli: En règle générale, les patientes et patients sont traités par chimiothérapie après l’opération.Lorsqu’une tumeur, comme chez Toni K., est située à la tête du pancréas, on enlève soit une partie du pancréas. soit la totalité.En tous les cas, il s’agit d’une grosse intervention, de plusieurs heures. 

Anna Wenning: Cette opération prend quatre heures, mais parfois elle peut durer huit heures. En général, c’est plutôt six à sept heures. 

Rebekka Haefeli: Cette opération comporte des risques ; il faudrait améliorer encore les méthodes et techniques. C’est le but du projet de recherche d’Anna Wenning, soutenu par la Recherche suisse contre le cancer. La question centrale est : en cas de tumeur à la tête du pancréas, faut-il retirer une partie ou la totalité de l’organe ? 

Anna Wenning: Dans de nombreux cas, enlever une partie du pancréas suffit, et on suture en toute sécurité. Mais il existe aussi des situations où suturer le pancréas est difficile. Cela peut entraîner, après l’opération, une fuite au niveau de la suture avec écoulement de suc pancréatique. 

Rebekka Haefeli: Ce suc est agressif et cette fuite, une fistule, peut provoquer des infections et des hémorragies. Chez Toni K., on a d’abord retiré uniquement la tumeur et une partie du pancréas. Mais une fistule est apparue. La suture n’était pas étanche. 

Toni K.: Cinq ou six jours plus tard, alors que j’étais encore à l’Hôpital de l’Île j’avais un drain de chaque côté l’abdomen, du côté gauche, le liquide qui sortait du drain était normal, mais à droite on voyait que le liquide était visqueux. Soudain, j’ai ressenti une forte douleur au ventre. Alors j’ai sonné. 

Rebekka Haefeli: L’équipe soignante et médicale a réagi immédiatement. Lors d’une opération d’urgence, le reste du pancréas est retiré.  

Anna Wenning: Oui, il s’agissait d’une fuite au niveau de la suture pancréatique. Nous avons constaté que le reste du pancréas était enflammé et ne pouvait pas guérir. Nous l’avons donc retiré. 

Rebekka Haefeli: Dans le cadre de cette étude, Anna Wenning et son équipe souhaitent déterminer la stratégie chirurgicale la meilleure pour chaque patient et patiente. Dans le cas de Toni K., avec une tumeur à la tête du pancréas, le standard mondial est l’ablation partielle. 

Anna Wenning: C’est ce que recommandent les directives en oncologie pour les tumeurs, à savoir retirer la tumeur avec la partie atteinte du pancréas et laisser le reste en place. Nous remettons en question ce standard actuel. D’après notre expérience clinique, nous savons qu’il existe des sutures pancréatiques qui, avec une très forte probabilité, auront des fuites. Pour ces patients, il faudrait trouver un autre moyen que la suture. Des chirurgiens en Europe et en Amérique ont commencé à adapter cette pratique, mais sans disposer d’études solides. 

Rebekka Haefeli: Il faut considérer ce thème dans l’optique des progrès médicaux. Anna Wenning explique qu’aujourd’hui, il est possible de vivre sans pancréas, en remplaçant les fonctions principales. Les enzymes facilitent la digestion et l’insuline régule le métabolisme du sucre. 

Anna Wenning: La production d’enzymes peut être remplacée par des comprimés pris au moment des repas. La production d’insuline peut être remplacée par un système de mesure continue du glucose, un capteur, ainsi que par une pompe à insuline qui délivre automatiquement l’insuline. Ce sont des innovations des six à huit dernières années. Je pense que la génération avant moi, les chirurgiens, n’aurait jamais envisagé de retirer tout le pancréas car certains patients avaient une mauvaise qualité de vie. Il en résultait un diabète très difficile à contrôler. Les patients ne pouvaient plus se déplacer normalement à l’extérieur, ni manger normalement, et devaient tout surveiller en permanence. Aujourd’hui, avec les mesures dont nous disposons, retirer le pancréas est bien toléré. Les patients peuvent avoir une bonne qualité de vie.

Rebekka Haefeli: Nous manquons encore de données pour déterminer l’opération la plus adéquate.  

Anna Wenning: Après l’opération, nous faisons des mesures et suivons les éventuelles complications. Le patient a-t-il besoin d’antibiotiques en raison d’une infection de la plaie ? Une nouvelle intervention est-elle été nécessaire ? Quelle est la durée du séjour à l’hôpital ? Combien de temps avant le début de la chimiothérapie ? Quel pourcentage de patients a suivi la chimiothérapie jusqu’au bout ? L’objectif principal de l’étude est de déterminer quelle opération, avec ses conséquences possibles, conduit à une plus longue espérance de vie. Autrement dit, quelle opération permet de gagner des mois ou des années sans récidive tumorale lorsque le pancréas est retiré en totalité. 

Rebekka Haefeli: Il est également important que cette étude porte non seulement sur la durée de vie mais aussi sur la qualité de vie. Celle-ci est évaluée au moyen d’un questionnaire rempli par les participants. 

Anna Wenning: Même si nous réalisons une opération parfaite et que le patient tolère bien la chimiothérapie ensuite, un résultat tel qu’avec M. K. n’est pas garanti. Dans certains cas, la tumeur peut revenir. C’est pourquoi il est nécessaire de préserver la qualité de vie. 

Rebekka Haefeli: Après l’opération d’urgence, Toni K. s’est bien rétabli. Ensuite, il a suivi une chimiothérapie qu’il a bien tolérée. Aujourd’hui, quelques années après le diagnostic, il peut à nouveau faire ce qu’il aime. 

Toni K.: Je peux me promener, skier. Rien d’extraordinaire, mais je vis simplement avec cela. 

L’histoire de Toni K.

Toni K. a 73 ans lorsqu’on lui découvre en 2021 une tumeur à la tête du pancréas. Un collègue remarque qu’il a le teint anormalement jaunâtre – signe que quelque chose ne va pas. Peu après, le diagnostic de cancer du pancréas est posé à l’Hôpital de l’Île à Berne. 

Dans un premier temps, on lui retire la tumeur et une partie du pancréas. Quelques jours plus tard, on s’aperçoit que la suture n’est pas bien étanche et laisse échapper du suc pancréatique, entraînant une situation dangereuse. Il est opéré en urgence et on lui retire la partie restante du pancréas. 

Plusieurs années après le diagnostic, Toni K. peut à nouveau se promener et skier – et il se considère lui-même comme « un homme chanceux ». 

 

Recherche sur la meilleure stratégie chirurgicale 

Le pancréas régule la digestion et le taux de sucre dans le sang. Une fois entièrement retiré, il faut maintenir les fonctions qui étaient les siennes. En cas de tumeur à la tête du pancréas, la question se pose donc : faut-il retirer uniquement la partie atteinte ou l’organe entier ? 

C’est l’objectif d’un projet soutenu par la Recherche suisse contre le cancer, dirigé par Anna Wenning, médecin cheffe à la Clinique universitaire de chirurgie viscérale de l’Hôpital de l’Île à Berne. Aujourd’hui, la pratique standard consiste à retirer une partie seulement du pancréas. Cependant, l’expérience clinique montre que certaines sutures présentent un risque particulièrement élevé de complications.  

L’étude analyse de manière systématique la stratégie chirurgicale la plus adéquate à long terme – complications, survie, qualité de vie. Il est tenu compte des réinterventions, des infections, de la durée d’hospitalisation, du début et de la tolérance à la chimiothérapie, ainsi que de la qualité de vie des patientes et patients. Le but est de déterminer l’opération la plus appropriée pour chaque personne. 

 

En savoir plus sur le projet « Le progrès par la recherche – par exemple pour le cancer du pancréas »